
On était à la Finale du Quiksilver Pro France 2011
Matthias Le Reilly était dans les Landes la semaine passée pour assister au Quiksilver Pro France 2011, l’une des toutes meilleures compét de surf organisées dans notre contrée. Reportage.
Branle-bas de combat sur la plage de Seignosse. Alors que j’étais tranquillement en train de bouffer des vagues dans la tronche depuis moins d’une heure, on me fait signe de revenir sur la plage. Des morceaux d’écume coincés entre les dents, je demande au coach ce qui mérite l’avortement de notre session du jour.
Contrairement à ce qui avait été annoncé au petit matin, les quarts de finale d’une des onze étapes du championnat du monde de surf, le Quiksilver Pro France à Hossegor, ont repris. Le surf étant un sport qui se pratique dans de bonnes conditions, le tournoi s’arrête et reprend au gré de la météo, s’étalant sur deux semaines pour au final trois jours de compétition effective. Et vu comme c’est parti, les phases finales auront lieu aujourd’hui. Autant dire que pour y assister, il va pas falloir trainer.
Tous les surfeurs du mercredi quittent la plage au pas de course. Une bande d’italiens nous demande si on en sait plus qu’eux. Peine perdue. Alors on continue à courir. On ramasse ses affaires, on jette les pagaies à l’arrière du van, et c’est parti ! Sur le chemin, un iPhone nous apprendra que le champion Kelly Slater vient de se faire sortir en quart de finale par le prodige brésilien d’à peine 18 ans, Gabriel Medina. Coach peste au volant : putain on n’aura pas vu Kelly de toute la compète ! Il passe la vitesse supérieure, manque d’emboutir une famille de touristes. Je regrette de ne pas avoir mis ma ceinture.

A présent les demi-finales font rage sur la plage de la gravière, à Hossegor. Sur le sable les badauds se comptent par centaines, peu importe qu’on soit en plein milieu de semaine d’octobre. Le vent est froid mais la visibilité est bonne. Tout le monde va pouvoir suivre les derniers duels, gratuitement, assis ou debout sur le sable. Pour moi ça sera à l’abri du stand Quiksilver, après distribution de Carrot Cake (on ne choisit pas son morceau monsieur !).
Les règles du surf de compétition sont simples : les surfeurs, identifiés par leur maillot flashy, disposent d’une demi-heure pour tenter jusqu’à 15 vagues chacun. À eux d’enchaîner figures et réceptions pour impressionner le jury qui attribuera une note de 1 à 10 à chaque vague réussie. Les deux meilleurs scores par surfeur s’additionnent en une note finale. Celui qui marque le plus de point à l’issue du chrono gagne.
Les demi-finales s’enchaînent sans temps mort et le spectacle est au rendez-vous. Dans les gradins VIP on grogne à propos des jurés (vendus ! aveugles ! tocards !), qui semblent favoriser le jeune brésilien, lui accordant d’excellentes notes sur des performances discutables. On devine rapidement que chaque spectateur a sa préférence. Depuis les loges, l’espoir français Jeremy Florès commente la compétition. Sorti à mi-parcours à cause d’une blessure, il a posé ses béquilles dans un coin de la pièce et tente de conserver le beau masque. Loin de l’image glamour placardée sur le camion Orange, son sponsor, son visage affiche fatigue et amertume. A moins que ce ne soit mon appareil photo qui lui tape sur le système.
Pendant ce temps, dans l’eau, Gabriel Medina s’impose de nouveau et affrontera l’australien Julian Wilson dans une finale qui durera 35 minutes. L’organisation laisse aux surfeurs le temps de se reposer, manger un morceau, avant d’attaquer l’ultime manche du tournoi qui dure depuis presque deux semaines. Les caméras officielles nous dévoileront la présence d’un jacuzzi portable installé sur le stand des surfeurs. Pour détendre les muscles entre deux séries. Jalousie. Le public retient son souffle, en profite pour débattre à voix un peu trop haute des ultimes pronostics.
Enfin c’est reparti, pour la dernière fois. Après cinq minutes de stress et d’attente dans l’eau, les finalistes passent enfin aux choses sérieuses. Medina s’impose rapidement mais l’australien le talonne. Wilson enchaîne les figures, se donne à deux cent pour cent et fait plus que rattraper son retard. Coach jubile sur les gradins, Kelly sera vengé ! La mauvaise foi des arbitres a ses limites ! Le meilleur moment de cette finale voit les deux adversaires partir sur la même vague, chacun de leur côté, « en stéréo » comme crient les commentateurs, extatiques. Aux deux tiers du chrono c’est l’Australien qui mène, et de loin. Il faudrait un miracle pour que Gabriel le rattrape. Les plus jeunes dans la foule pestent déjà face à la défaite de leur favoris. Quand, à deux minutes de la fin, surgit une vague immense, une dernière chance que saisit le brésilien en enchaînant une série qui met tout le monde d’accord. La foule se lève, hurle, applaudit. Le chronomètre s’arrête. Les surfeurs rentrent sur la plage. Le jury délibère encore.
9.27 pour Gabriel Medina sur cette dernière vague. Le jeune brésilien remporte son premier tournoi chez les adultes, pour sa première saison. C’est un hold up total.
Les fans se précipitent vers le podium pour voir leurs chouchous arrosés de champagne (sur un mineur ? les dérives du sport de haut niveau !) et de confettis. Medina empoche le chèque du vainqueur (50 000$). Il remercie ses parents et Dieu, dans cet ordre. Vu la dernière vague c’est la moindre des choses. Mais déjà les équipes remballent le matériel, les surfeurs referment leurs sacs. L’étape suivante du championnat du monde a lieu la semaine prochaine, au Portugal. Le classement général va être recalculé d’ici là, alors que chacun espère profiter des dernières étapes du tournoi pour remonter dans le tableau.
Le public, quant à lui, est conquis. Curieux et passionnés ont été témoin d’un spectacle de haut niveau dans une finale imprévisible du début à la fin. Nul doute que de nouveaux mordus de surf suivront le reste de la compétition par Internet, découvrant un univers riche et une discipline exigeante.
Sur le chemin du retour, on entendra des locaux se plaindre de l’afflux de touristes. Chaque année le Quiksilver Pro France accueille toujours plus de spectateurs. Les habitants du coin pestent dans leur barbe : « vivement l’hiver qu’on ait la paix ». Tout ce que je comprends, c’est vivement l’année prochaine.
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